samedi 10 février 2007

Application du MPI aux vagues OVNI – une ébauche

Par Eric

Quelques commentaires sur l’article de W. Lucadou « Le Modèle de l’Information Pragmatique et les prédictions de RSPK » (2004)

1. Il me semble assez clair que Lucadou admet, au moins implicitement, que le psi spontané est plus intense que le psi de laboratoire lorsqu’il écrit: « Pourtant, dans un cas de RS PK, nul ne peut dire grand chose sur sa construction, si ce n’est que tous les cas de RSPK ont leur propre histoire et leur propre développement temporel, d’où on peut supposer que la dimensionnalité sera plus importante comparativement à des expériences contrôlées de PK». Cela me semble assez évident, et que par extension, on peut décrire les observations OVNI de la même manière.

2. Une citation dans le texte de Lucadou qui me semble s’appliquer tout aussi au phénomène OVNI : « Si un événement est rare, il est par définition difficile à observer, pour la simple raison qu’on ne peut pas se préparer à le faire, une caractéristique assez prononcée dans les cas de poltergeist. Hans Bender, le père de la recherche allemande sur les poltergeists, a écrit : « Les efforts pour photographier ou filmer un phénomène de poltergeist en action, ou pour enregistrer des bruits sur des cassettes audio, sont gênés par un problème : ces phénomènes semblent se dérober à l’observation critique. L’on peut difficilement fuir l’impression que ces forces intelligentes évitent l’observateur, en produisant une matérialisation exactement à l’endroit qui ne peut pas être enregistré ou photographié. » (Bender, 1952, p.169) »

3. Je ne suis pas certain cependant que le phénomène OVNI ait la temporalité des poltergeists étudiés par Lucadou. Ce dernier indique : « Les événements montrent également des patterns temporels spécifiques. Généralement, leur mise en route est complètement inattendue et ils se développent dramatiquement. Aussi longtemps que ceux qui sont impliqués croient que les phénomènes ont des causes externes, une farce, un court-circuit, un tuyau qui fuit... les phénomènes deviennent plus forts, et croissent dans une véritable démonstration. Les personnes impliquées ne se sentent plus en sécurité et tentent de trouver une assistance extérieure, par exemple celle de la police, des pompiers, ou celle d’institutions qui proposent une assistance technique ». Les observations OVNI commencent de manière inattendue, mais leur développement n’est pas aussi dramatique, sauf si il y a ce que l’on appelle une rencontre du 3e type. Il y a souvent effet de peur, mais pas toujours. Il peut aussi y avoir fascination et incrédulité. Les observations peuvent varier de queques secondes à presqu’une heure, et même plus. Ainsi, le phénomène OVNI est plus complexe que celui des poltergeists et toute application du modèle aux OVNI devra en tenir compte.

4. Il y a certainement une phase de « surprise » dans le phénomène OVNI, mais la phase suivante est l’incrédulité, puis la crédulité et finalement le départ de l’objet. Dans la mesure où on reste au niveau des observateurs directs.

Mais si on place l’analyse au niveau sociologique, et en particulier s’il s’agit d’une vague OVNI, et donc comme les poltergeists possède au moins un degré minimum de récurrence, alors les phases sociales ressemblent aux phases décrites par Lucadou. Mais la récurrence n’est pas toujours nécessaire. Si on prend pour exemple l’observation récente de novembre 2006 à l’aéroport O’Hare de Chicago, il y a eu une phase de surprise chez les employés qui ont observé l’objet. Puis il y a eu une « phase de déplacement », mais par les autorités du transport aérien (FAA) qui comme dans les cas de poltergeist « [d]urant cette phase, l’interprétation du phénomène ira des sources extérieures aux sources internes. Le même déplacement prendra place dans les phénomènes eux-mêmes ». Il important de noter que le rapport entre les autorités FAA et les témoins fut plutôt indirect, par rapports interposés. Ici, il est difficile de dire si le phénomène se transforme en anomalie atmosphérique comme la FAA interprète les observations. Il y a ici une piste de recherche intéressante à savoir que le phénomène se « débunk » lui-même par la suite, en réaction aux attitudes sociales. Car il a fallu plus d’un mois après l’observation pour que cette histoire devienne publique.

Cependant, la vague de Washington de 1952 répond à cette temporalité, dans la mesure où lorsque les autorités décidèrent de se pencher sur le phénomène (et encore une fois pas les premiers témoins), la vague OVNI s’intensifie et « crée » d’autres témoins qui dans n’ont rien à voir avec les autorités, ou du moins qui ne sont pas les personnes qui décident. Il y a ici aussi un lien par rapports bureaucratiques interposés. Et un peu comme dans les cas de poltergeist avec les « journalistes affamés de sensationnel, les « parapsychologues auto-proclamés » et les « exorcistes » viennent tourmenter les personnes impliquées » la prise en chasse d’OVNI par l’aviation militaire ne fait qu’augmenter le nombre des témoins (plutôt que tourmenter davantage les personnes impliquées). En ce sens, « les personnes impliquées » semblent être la société dans son ensemble (ou peut-être les autorités?), plutôt que des individus particuliers témoins des évènements.

Lorsque « La « phase de déclin » a commencé. Beaucoup de ceux qui attendaient des effets sensationnels sont déçus et partent », et on peut dire la même chose des journalistes qui sur le tard finissent par s’intéresser à la vague OVNI, de même que les politiciens et les hauts gradés militaires. Dans les deux derniers cas, cependant, je crois que le terme « soulagés » est probablement plus approprié car ils n’auront pas à répondre à des questions sans réponse, et ainsi peuvent se reconcentrer sur leurs priorités politiques et administratives.

Finalement, : « la « phase de suppression ». La fraude est plus ou moins ouvertement discutée, les personnes et les témoins impliqués sont souvent ridiculisés et discriminés dans les médias de masse, les témoins peuvent même renier (en partie) leurs premières déclarations, et on publie des articles qui désamorcent l’histoire. » Pattern habituel des observations OVNI, il y a vraiment rien à rajouter ici.

5. Lucadou, qui cite Bender dit que les phénomènes de poltergeist sont des appels à l’aide de l’inconscient. Que dire du phénomène OVNI? S’il se comprend mieux dans une perspective sociologique, du moins pour les vagues d’OVNI, alors on peut supposer un appel à l’aide de l’inconscient collectif vers les parents (c.-à-d. les autorités réelle ou virtuelle)? Ici, il faut noter que la notion de parent déplacée vers les autorités représente simplement une appréciation du contexte social d’une époque et d’une culture. Ainsi, on pourrait émettre une hypothèse intéressante à savoir que dans les sociétés pré-agaraires (donc sans centralisation du pouvoir) le phénomène OVNI devrait être absent.

6. Lucadou insiste pour dire que dans les cas de poltergeist, lors de la phase de déplacement l’attention de l’entourage tend à se concentrer sur la personne centrale, considérée comme ayant des pouvoirs spéciaux. Dans le cas de vague d’OVNI, on ne voit pas souvent de personne centrale (sauf peut-être dans les évènements de Gulf Breeze durant l’hiver 1987 qui impliquent un individu en particulier, Edward Walters). Mais si on pense à la vague de 1952 au-dessus de Washington, il y a beaucoup de monde impliqué. Des opérateurs radars, qui ne sont pas nécessairement au travail pour chaque observation, de nombreux pilotes de ligne qui ne font qu’une seule observation chacun, d’autres témoins occulaires, et les pilotes de chasse qui ne font aucune observation occulaire mais font des observation radar. Les récits mettent l’accent sur les opérateurs radar qui n’auraient pas su interpréter des inversions thermales sur leurs écrans. S’il s’agit des personnes centrales au sens du modèle de Locadou, alors est-ce que ces dernières étaient considérées comme spéciales? Non. En revanche, on peut émettre l’hypothèse que les opérateurs radar ont attiré beaucoup d’attention potentiellement négative envers eux-même et qu’ils se devaient de prouver leur compétence et leur honnêteté profesionnelle. En ce sens, ils devaient « prier » inconsciemment pour que le phénomène se reproduise afin d’être exonéré. Par la négative, cela réplique le modèle de Lucadou où les personnes centrales se sentent obligées de performer vu leur statut "spécial". Mais il semble difficile d’attribuer aux opérateurs radar l’origine du phénomène lors de la phase précédente de surprise. Ainsi, l'utilisation du modèle de Lucadou doit aussi accommoder des changements de niveaux ontologiques substantiels où la société est aussi partie prennante et interne du système auto-organisateur, sans être l'observatrice directe des évènements.

7. Lucadou avance que « Selon le Modèle de l’Information Pragmatique, les composants de l’information pragmatique dans les cas de poltergeist sont alternativement déterminés par deux buts. Le premier est la finalité interne du système organisationnellement clos, qui est de produire un effet sur la société. Le second est la finalité externe de la société, qui est de préparer le système organisationnellement clos. La finalité interne affecte la combinaison de la nouveauté et de la confirmation, alors que la préparation du système par l’extérieur a un effet sur l’autonomie et la fiabilité du système. » Est-ce que les OVNI ont pour finalité interne de produire un effet sur la société (l’appel à l’aide, je présume)? Difficile à dire dans l’exemple de la vague de Washington. Est-ce que la possibilité d’une guerre nucléaire avec le bloc communiste dans le cadre de la guerre de Corée était une préoccupation forte chez les militaires, bureaucrates, et politiciens de Washington, et qu’elle aurait crée des appel à l’aide inconscient? Peut-être, mais il serait difficile de faire une telle démonstration empirique. Une piste serait de regarder les demandes prières faites par les pasteurs Protestants dans la région de Washington, en particulier les églises des classes moyennes et supérieures, en sachant que la société américaine de l’époque était activement religieuse.

Il est clair que la finalité externe de la société de nier le phénomène (pour le rendre organisationnellement clos) peut être démontrée empiriquement par les déclarations officielles. La chaleur durant l’été 1952 permettait de limiter la fiabilité du phénomène et d’invoquer les inversions thermales. Les évènements de 1947 rendent les autorités militaires à la fois plus intéressées au phénomène et plus désireuses de le faire disparaître, affectant ainsi son autonomie.

8. Si l’inconscient collectif des militaires, bureaucrates, et politiciens de Washington est responsable du phénomène, alors il me semble que le phénomène OVNI est de la variété passive. « Dans le cas passif, c’est l’inverse : la personne focale ne contrôle rien et n’arrive pas non plus à stabiliser son monde. En contraste, la personne focale active va aller jusqu’à sur-contrôler son environnement, ce qui mène à des fluctuations aléatoires macroscopiques, c’est-à-dire le phénomène de RS PK ». Ainsi, il y avait-il un sentiment de perte de contrôle dans le cadre de la Guerre froide à Washington? Il faut souligner que la période de 1950 à 1953 est aussi celle du mccartyism, où la bureaucratie washingtonienne était véritablement terrorisée. L’appel à l’aide inconscient face au «père » intransigent me semble cadrer mieux avec une période collectivement dépressive. Poutant, il y a eu une intensification des observations et donc la phase de déplacement aurait eu lieu (c.-à-d. de points radars à des observations directes, à l’envoi de chasseurs).

9. Dans le cas de poltergeist passif, Lucadou avance que: « Dans ce cas, on s’attend à ce que cela arrive seulement à une certaine période, juste avant que l’ensemble du système ne s’éteigne ». En 1952, les Démocrates avaient décidé de faire de McCarthy leur cible principale. Il est intéressant de noter que le 26 juillet 1952, dernière journée de la vague, les Démocrates tiennent leur convention à Chicago et nomme Adlai Stevenson comme leur candidat à l’élection présidentielle de 1952 (en novembre), qui la même année critiquera publiquement McCarthy, ce que peu ont osé faire jusque là. De même, le 4 juillet 1952, Eisenhower est nommé candidat présidentiel pour les Républicains, et sera celui qui finalement remettera à l’ordre McCarthy à partir de 1953. En ce sens, juillet 1952 peut être considéré comme le début de la fin du mccartyism, car l'horizon politique change radicalement à Washington (peu importe si les Démocrates ou les Républicains gagnent l'élection de 1952, McCarthy est cuit).

On peut donc voir des similitudes importantes entre les cas de poltergeists et le phénomène OVNI, mais il me semble clair que l'analyse des cas OVNI doit passer au niveau sociologique, alors que l'analyse psycho-sociologique (petit groupe) est davantage appropriée pour les poltergeists.

vendredi 9 février 2007

A l'ombre des majorités soupçonneuses

Par Stéphan

"Thirty-six percent adds up to a lot of people. This is not a fringe phenomenon. It is a mainstream political reality."
Lev Grossman, "Why the 9/11 Conspiracy Theories Won't Go Away", Time magazine, 3 septembre, 2006.



Recul d'un pas pour mieux rebondir. Je m'apprêtais à sortir l'artillerie lourde sur 9/11 quand je me suis mis à réfléchir à un commentaire d'Eric dans son tout premier billet :

"L'intérêt pour les grandes conspirations, et les mouvances sociales inspirées par le parapolitique, sont des forces déstructurantes pour l'ordre social. La vérité, le plausible, le secret, le complot, le mensonge, la désinformation s'y mêlent au point où il n'est plus possible d'avoir confiance aux institutions sociales. Le potentiel humain de ces mouvements déstructurants demeure un terrain d'enquête sociologique à explorer."
(Qu'est-ce que le dynatique?)

Eric touche ici à un point que je me dois d'expliciter avant de prendre plus en avant fait et cause.

J'affirmais dans un billet antérieur que la version officielle de 9/11 se veut indiscutable, à la manière d'un mythe. Oui mais il est toutefois aussi vrai qu'elle est de plus en plus disputée et récusée. De fait, l'adhésion populaire à son endroit faiblit et rapidement.

A défaut de se faire entendre, l'opinion publique américaine est périodiquement sondée au sujet de ses attitudes envers l'administration Bush. Dans une enquête par sondage réalisée en octobre 2006 par le New York Times et CBSNews, Americans Question Bush on 9/11 Intelligence (résultats complets en format PDF), la question suivante était posée :

"When it comes to what they knew prior to September 11th, 2001, about possible terrorist attacks against the United States, do you think members of the Bush Administration are telling the truth, are mostly telling the truth but hiding something, or are they mostly lying?"

Résultats : 53% des répondants dirent penser que l'administration cachait quelque chose, 28% qu'elle mentait... et 16% qu'elle disait la vérité.

Seulement 16% !

Dans un sondage antérieur du NYT et de CBSNews, en mai 2002 (soit avant la mise sur pied de la commission d'enquête Kean), la même question avait été posée. Comparaison des résultats :

.....................................Oct. 2006...........Mai 2002
Telling the truth................16%.....................21%
Hiding something..............53%....................65%
Mostly lying......................28%.....................8%
Not sure...............................3%.....................6%

Ce qui est surprenant, c'est l'augmentation des répondants pensant que l'administration ment, de 8% à 28%. Mais ce qui est significatif, c'est que 84% de la population (statistique) n'adhère plus à la version émanant de la maison blanche. C'est quand même extraordinaire... cinq ans après les attentats, la version officielle ne rallie plus qu'une minorité en voie d'insignifiance (16%) !

Or, ces résultats sont congruents avec une tendance qui s'accentue. A chaque nouveau sondage sur la question, les rangs des sceptiques vont croissant.

En août 2004 (soit moins de deux mois après le dépôt du rapport de la commission Kean), un sondage Zogby auprès des résidents de la ville et de l'État de New York révélait que 49% des premiers et 41% des deuxièmes croyaient que certains officiels de l'administration avaient eu connaissance d'attaques imminentes autour du 11 septembre et n'avaient sciemment rien fait pour les empêcher de se produire - 66% des premiers et 56% des deuxièmes se disaient aussi en faveur d'une nouvelle enquête chargée de répondre aux questions alors (et toujours) laissées en suspens.

En mai dernier, un autre sondage Zogby, cette fois ci auprès de la population américaine, révélait que c'était alors 52% de celle-ci qui n'adhérait plus à la version officielle. 42% des répondants disaient croire qu'il y avait eu dissimulation de la vérité et 10% n'en étaient pas certains - seuls 48% disaient croire que la lumière avait été faite sur les événements du 11 septembre. Par ailleurs, 45% étaient d'avis que le congrès ou un tribunal international devait relancer une nouvelle enquête (rappelons qu'Amir Khadir avait reçu une volée de bois vert au Québec pour avoir osé suggérer la même chose) et y examiner les allégations de complicité interne. 8% se disaient incertains et 47% se disaient en désaccord avec cette initiative.

[Fait à noter, seuls 52% des répondants se disaient au courant de la destruction du WTC7 (qui ne fut pas percuté par un avion et dont l'effondrement ne fut ni mentionné dans le rapport de la commission d'enquête Kean, ni expliqué par FEMA et que très peu discuté par les médias). La connaissance de ce fait peut être considérée comme un barème de mesure de l'exposition aux recherches indépendantes sur 9/11 puisqu'il est raisonnable d'inférer que ceux qui ignorent tout de l'effondrement du WTC7 n'ont jamais été exposés à celles-ci.]

Les questions ici posées portaient toutefois sur ce que savait présumément l'administration Bush avant les attentats, son inaction devant l'imminence des attaques et sa dissimulation subséquente des faits : elles ne préjugeaient pas des intentions de l'administration. Aucune enquête par sondage n'avait encore osé soulever la question de l'acte ou de l'intention criminelle.

En juillet 2006, soit trois mois avant l'enquête du NYT et de CBSNews, un sondage Scripps Howard/University of Ohio révélait que 36% des américains considéraient "very likely" ou "somewhat likely" que des officiels du gouvernement avaient ou laissé les attentats se produire ou les avaient eux-mêmes orchestrés parce qu'ils se cherchaient un prétexte pour partir en guerre au Moyen-Orient ("people in the federal government either assisted in the 9/11 attacks or took no action to stop the attacks because they wanted the United States to go to war in the Middle East.").

36%, c'est beaucoup de monde... Comme le dit la citation en exergue, ce n'est plus un phénomène marginal mais une nouvelle réalité politique (quoique statistique).

Ce qui est intéressant d'un point de vue sociopolitique, c'est que 36% des répondants adhèrent à une interprétation aussi radicalement opposée au récit reçu de 9/11. Elle tranche complètement avec le discours véhiculé par les milieux institutionnels, c'est-à-dire les autorités gouvernementales, le monde corporatif et les médias de masse (lesquels servent, à toute fin pratique, de courroie de transmission aux deux premiers). Ce n'est pas seulement là un simple écart d'opinion mais une rupture nette qui s'opère au sein du corps politique américain. Si ce résultat, comme ceux obtenus par Zogby, le NYT et CBSNews, est valide, il signale qu'il y a crise de confiance publique envers l'administration américaine.

Ce qui ajoute à la crise, c'est qu'elle ne fait pas l'objet d'une politisation dans l'espace public traditionnel : les partis et les familles politiques (je pense notamment aux démocrates) ne s'en saisissent pas, les instances politiques (Congrès et Sénat) n'en font pas un objet de débat. Elle est au contraire singulièrement absente du discours public, évacuée des lieux de délibération, ignorée des leaders politiques et en déficit de couverture médiatique... exception faite de quelques tentatives de debunking (Time Magazine, Popular Mechanics, Scientific American et le très mal nommé Skeptical Inquirer).

[Je me dois d'ajouter que quelques membres du congrès et du sénat, démocrates et républicains, ont publiquement questionné et émis des doutes à l'endroit de la version officielle. Mais ceux et celles qui se sont faits trop insistants (je pense notamment à Cynthia McKinney, représentante démocrate au congrès) furent marginalisés par leurs pairs et progressivement poussés vers la voie de sortie. Lors des primaires de novembre 2006, une trentaine de candidats tous partis confondus prirent publiquement fait et cause pour une réouverture de l'enquête sur les événements du 11 septembre. Je n'ai pas vérifié mais je pense qu'aucun ne fut élu].

Pour l'essentiel, la réponse institutionnelle s'est limitée à la mise sur pied d'un site web par le département d'État américain, The Top September 11 Conspiracy Theories... ou elle s'est exprimée de façon ciblée et infra : intimidation, censure, suspensions, menaces de congédiement et congédiements effectif, notamment dans le monde militaire, le milieu du renseignement et l'institution universitaire (il me faudrait plusieurs billets pour détailler ces mesures répressives et en énumérer les victimes).

Intuition instruite de ma part, cette crise de confiance publique autour des "faits" de 9/11, de leur production et de leur élucidation est faite pour durer. Et pour se dégrader.

A qui revient-il de l'affronter et de la résoudre ?

Derechef aux principaux intéressés, aux américains mêmes, notamment en exigeant et établissant une véritable commission d'enquête indépendante qui n'hésitera pas, cette fois, à examiner et mettre à l'épreuve les nombreuses pièces à conviction incriminant l'administration américaine. Mais parce que les impacts des événements du 11 septembre se sont faits et se font toujours vivement ressentir au-delà de leurs seules frontières, nul ailleurs n'est et ne peut rester spectateur à cette crise. Notamment nous, canadiens (ne serait-ce que, comme le disait récemment le ministre de la défense nationale, le subtil Gordon O'Connor, parce que nous ne pouvons laisser le meurtre de 25 de nos concitoyens impuni, sans lancer de représailles contre les responsables...)

Outre la société civile, le monde de la recherche universitaire ne peut davantage ignorer cette crise et ses fondements. Il est d'ailleurs bien placé pour l'étudier et participer à son élucidation.

Des efforts en ce sens sont d'ailleurs activement poursuivis par un nombre petit mais croissant de scientifiques et d'universitaires. En font foi les regroupements Scholars for 9/11 Truth et Scholars for 9/11 Truth and Justice. Ces derniers publient d'ailleurs le Journal of 9/11 Studies, un périodique électronique avec comité de lecture entièrement dédié à la recherche scientifique sur 9/11.

Tout louables que ce sont ces initiatives, elles sont cependant limitées sur deux points : elles ont lieu en marge des activités universitaires proprement dites - elles n'y sont pas intégrées - et elles portent presque exclusivement sur la "physique de 9/11", plus précisément sur la science des matériaux et les causes de l'effondrement des tours du WTC. Une rare exception fut la publication, à l'été 2006, d'un numéro entièrement consacré à 9/11 par le périodique Research in Political Economy : The Hidden History of 9-11-2001: a review. Hélas et étrangement, il ne semble pas avoir fait l'objet de recension parmi les autres périodiques universitaires.

Si les sciences "dures" peuvent et doivent mettre leur savoir à contribution au travail d'élucidation ici requis, elles ne sont pas les seules appelées : les sciences "molles" sont et devraient tout autant se sentir interpellées. Aussi essentielles, sinon plus, sont les études et les connaissances de la géopolitique, du terrorisme, des opérations clandestines, de la production, diffusion et réception de l'information, de la propagande et de la désinformation, de l'exercice du pouvoir, des conflits et des mouvements sociaux, des controverses sociotechniques, de la récurrence et de la mise en scène du mythe, de la parole religieuse, des régimes de vérité et des conditions d'énonciation du vrai, etc.

Il importe notamment que les théoriciens et praticiens de la "pensée critique" lisent et examinent sérieusement le satané rapport de la commission Kean sur les attentats de 9/11, tout en prenant connaissance des critiques documentées qui l'ont sérieusement mis à plat. Et ce, afin de déterminer s'il s'agit d'un compte-rendu valide des événements investigués ou s'il se mérite de figurer au rayon des œuvres de fiction.

En d'autres mots, sociologues, politologues, historiens, économistes, psychologues, philosophes, médiologues et littéraires doivent eux aussi se joindre à l'assemblée et participer à l'examen du bien fondé de cette crise de confiance publique.

Je donne l'exemple à mon prochain billet.

jeudi 1 février 2007

Revue de presse du mois de janvier

Par Stéphan


La suite à mon dernier texte s'avère plus ardue qu'anticipée : les idées viennent en écrivant et là, elles se bousculent au portique. Je pensais faire une brève mythanalyse du récit officiel de 9/11 mais ça s'étire... En attendant d'y mettre un peu d'ordre, je m'accorde une courte pause en passant en revue quelques faits divers qui ont retenu mon attention depuis la nouvelle année.


La mort d'un tyran

Le 30 décembre, suite à un procès quelque peu douteux, Saddam Hussein était pendu haut et court pour ses crimes... Tous ses crimes ? Non, le procès n'avait pour objet que le massacre des villageois de Dujail en 1982.

Le massacre des kurdes en 1987-88 ainsi que la répression de la révolte chiite en 1991 devaient tous deux faire l'objet de procès ultérieurs cette année. Mais heureusement pour certains aux USA, on a liquidé Saddam avant d'y arriver. Et avant de dire qui d'autres que lui avaient le sang des kurdes et des chiites sur les mains.


Parapolitique colombienne : assassinats ciblés, massacres indiscriminés, terrorisme d'État, milices paramilitaires, escadrons de la mort, narcotrafiquants, politiciens corrompus et alouette.

Aussi faut-il quelque peu s'étonner - ou peut-être pas à bien y penser - que le Chairman of the Joint Chiefs of Staff, le général Peter Pace, ait déclaré que les opérations de sécurité et de lutte aux stupéfiants en Colombie - le plus important producteur mondial de cocaïne - pourraient servir de modèle au gouvernement Karzai dans sa lutte contre la culture du pavot (l'Afghanistan est le plus important producteur mondial d'héroïne).

Je ne sais pas ce que Pace fume mais son pusher lui en refile du bon.


CIA, MKULTRA et recours collectif contre Ottawa

Peu de temps avant l'annonce du versement par Ottawa de $10 millions à Maher Arar, en compensation pour le rôle du 1er dans la déportation du 2e en Syrie où il fut emprisonné injustement et torturé, nous apprenions que les victimes canadiennes d'un programme expérimental de la CIA, et financé en partie par le gouvernement canadien, à l'Hôpital Royal Victoria entre 1950 et 1965, lançaient un recours collectif contre Ottawa.

En 1994, suite à une requête antérieure, quelques 70 d'entre-elles reçurent des dédommagements financiers du gouvernement mais entre 400 ou 500 autres victimes attendent toujours compensation.

Quant au dit programme expérimental, il faisait partie du projet MKULTRA qui visait alors à développer des méthodes de conditionnement et de contrôle mental. Pour ce faire, la CIA finança une trentaine d'institutions universitaires et de santé qui se servaient à leur tour de leurs patients comme cobayes, leurs administrant des doses massives de psychotropes tels du LSD, des électrochocs, des radiations et diverses autres tortures physiques. Le projet entamé dans les années 50 aurait, dit-on, pris fin au début des années 70. En 1972, le directeur de la CIA, Richard Helms, ordonna la destruction de la plupart des documents relatifs à MKULTRA.

Ah oui, j'oubliais : ces expériences réalisées sur des patients transformés en cobayes à leur insu visaient alors à nous protéger... de l'ennemi communiste.


Le Canada à la guerre

A l'occasion d'un symposium auquel prenaient part quelque 200 personnes dont de nombreux militaires, le ministre de la Défense nationale (et ancien lobbyiste au service des compagnies d'armement), Gordon O'Connor, déclara que le Canada combattait les talibans en Afghanistan... en représailles ("retribution") des attentats de 9/11 qui coûtèrent la vie à 3000 personnes, dont 25 Canadiens :

"When the Taliban or al-Qaeda came out of Afghanistan, they attacked the Twin Towers and in those twin towers, 25 Canadians were killed. The previous government and this government will not allow Canadians to be killed without retribution".

Bon. De un, les talibans et Al Qaeda, ce n'est pas la même chose et les premiers n'ont rien eu à voir avec 9/11. De deux, insinuer une telle chose, notamment auprès des troupes qui ont et auront à transiger avec les talibans et les autres afghans sur le terrain, est aussi dangereux qu'irresponsable. C'est une invitation aux dérapages justiciers.

De trois, il me semblait que nous étions en Afghanistan pour donner un coup de main au gouvernement Karzai, y installer la démocratie et assurer la reconstruction du pays sous les bons offices de l'OTAN...

J'ai dû être mal désinformé.


Complot dites-vous ?

En 2002, dans une lettre de demande de financement envoyée aux membres de la défunte Alliance canadienne, Stephen Harper qualifiait le protocole de Kyoto de "complot socialiste qui vise à soutirer des fonds aux pays les plus riches" ("Kyoto is essentially a socialist scheme to suck money out of wealth-producing nations"). Il y remettait aussi en question les connaissances scientifiques sur les changements climatiques, les qualifiant de "modestes et contradictoires".

Le même jour où la Presse canadienne faisait part de l'existence de cette lettre, Associated Press sortait une toute autre histoire : deux ONGs américaines, Union of Concerned Scientists (UCS) et Government Accountability Project (GAP), présentaient des preuves que des pressions politiques furent exercées sur des scientifiques à l'emploi du gouvernement US pour qu'ils minimisent la menace posée par le réchauffement climatique.

Quelques semaines auparavant, l'UCS révélait aussi que, entre 1998 et 2005, ExxonMobil avait financé les activités d'une quarantaine de groupes idéologiques dont la mission était de discréditer la science du réchauffement climatique.

Le GAP et l'UCS doivent faire partie de ce complot socialiste décrié par notre premier sinistre et combattu par Exxon.


Le ciel nous tombe sur la tête

Alors que l'on apprenait que Harper fantasmait un complot socialiste, que l'administration américaine complotait pour de vrai contre ses scientifiques, et pendant que le climat planétaire semble bel et bien se dérégler, des milliers d'oiseaux morts tombaient du ciel en Australie et à Austin Texas. Furent aussi observées, des boules de feu, des pluies de pierres, des lumières étranges dans le ciel de Singapour, d'Istanbul et de la Caroline du Nord. Et des OVNIs, au RU et à Hawaii.

Un incident de novembre qui fit surface en janvier : un OVNI stationnaire au-dessus de l'aéroport O'Hare à Chicago, observé par des pilotes et plusieurs employés de l'aéroport. L'article en ligne du Chicago Tribune à ce sujet est semble-t-il le plus lu de son histoire. Une capsule télévisuelle qui a fait jaser et une photo récemment diffusée.

Oiseau de malheur : deux années après la vague iranienne, un OVNI s'écrase en Iran central. L'explication me semble très prosaïque mais la symbolique n'en est que plus inquiétante. Mauvais présage.


Mort suspecte : "Lawyer falls to death at hotel"

La veille de Noël, un avocat qui avait fait des vagues à la maison blanche au sujet de l'affaire Plame/Wilson (et pour laquelle l'ancien assistant de Dick Cheney, Lewis "Scooter" Libby, subit présentement son procès) fait une chute d'au moins neuf étages dans un hôtel. Suicide selon la police.

Peut-être bien. Sauf que si ça c'était produit en Ukraine ou en Russie, nous crierions tous au complot.


Mort d'un plombier : Howard Hunt rend l'âme (s'il ne l'avait pas déjà vendue) à l'âge de 88 ans.

Coincidemment, neuf jours avant sa mort, Hunt annonçait la publication prochaine d'un livre où il accuse l'ancien président Lyndon B. Johnson d'avoir joué un rôle dans l'assassinat de JFK.


Un film à voir pendant qu'il est toujours en salle : Pan's Labyrinth. Une œuvre dynathique... mais attention, ce n'est pas un film pour enfant.

Un film que je veux voir avant qu'il ne quitte les salles de cinéma : Children of Men.

mardi 30 janvier 2007

OVNI et parasociologie?

Quelques réflexions supplémentaires tirées de discussions sur l’excellent forum Paranormal-info.com.

Hansen, dans son livre "The Trickster and the Paranormal", explique l’élusivité des phénomènes paranormaux en les décrivant comme des objets ontologiques hybrides, qui se situent à l’interstice de deux mondes, de deux réalités. C’est cette situation ontologique qui crée ce que j’appelle l’effet dynatique, à savoir qu’en étant entre deux réalités, il y a état déstructuré ou déstructurant. Ainsi, le psi, compris comme information temporairement libérée de ses structures, peut être observé comme phénomène. Par exemple, la télépathie est expliqué comme un transfert d’information entre deux personnes (ou plus) mais qui ne semble en aucun cas affecté par la distance physique, ni même le temps. Ainsi, la télépathie est à la fois un objet communicationnel, et un affect (c.-à-d. qui est de l’ordre de l’émotion et donc sans lien avec le temps et l’espace).

Si le paranormal est donc du domaine de l’interstice, il pourrait être envisageable que son étude soit aussi du domaine de l’interstice. Pour aider à pousser cette réflexion plus loin, une typologie utile est celle de Cornelius Castoriadis. Ce dernier distingue quatre étants, ou champs ontologiques fondamentaux, à savoir le monde physique, biologique, le social-historique, et la psyché-soma. Chaque étant n’est pas réductible épistémologiquementà l’autre. Par exemple, on ne peut expliquer les écosystèmes naturels à partir de la physique quantique, ni expliquer les stratifications sociales à partir de la psychanalyse.

En gardant cette typologie à l’esprit, le paranormal pourrait se décrire comme un champ ontologique à la jonction des quatre autres. La parapsychologie a bien sûr démontré que les phénomènes psi ont des assises dans la psyché-soma. Mais le paranormal couvre aussi des questions qui touchent à l’univers physique, comme la matérialisation, les poltergeists et les ectoplasmes. D’une manière similaire, le monde biologique est aussi touché par le paranormal, que ce soit les questions de guérisons inexplicables ou les apparitions d’entités étranges, documentées depuis la nuit des temps. Il reste donc les liens avec le social-historique.

Les recherches sceptiques qui invoquent des analyses dites psychosociales offrent, curieusement, une porte d’entrée. Certains phénomènes paranormaux de grande ampleur, que les parapsychologues nomment du macro psi, ont clairement de aspects qui ne peuvent se comprendre que par une approche sociologique. L’évolution des vagues d’observations OVNI, passant de dirigeables à la fin XIXe - début XXe, aux avions fantômes des années 1930, et aux fusées fantômes de l’après 2e Guerre mondiale semblent indiquer des interactions qui s’expliquent mieux en passant directement à un niveau d’analyse sociologique. Jacques Vallée a aussi démontré que les témoignages sur les occupants des OVNIs sont très similaires aux récits folkloriques de lutins et de farfadais. Les apparitions mariales semblent aussi avoir des propriétés du même ordre.

Pour revenir à la question OVNI, une analyse basée sur une ontologie hybride pourrait se concevoir. Par exemple, un conflit social non-résolu et non-exprimé pourrait se constituer en inconscient collectif (compris ici dans un sens beaucoup plus large et souple que Jung et Freud), et s’exprimer en “psi social” que l’on décrirait comme des OVNIs. Les témoins individuels n’ont rien à voir de particulier avec l’inconscient collectif. Ainsi, on a une observation de l’ordre de la psyché-soma d’un phénomène de l’ordre du social-historique. Cela n’est pas en soi nouveau. Le témoins individuels et sophistiqués d’évènements historiques majeurs se trouvent dans la même situation. Mais ce qui est plus intéressant est qu’une ontologie hybride appelle aussi à une épistémologie hybride, si on veut éviter les pièges du réductionisme. Ainsi, une union inusité de la parapsychologie et d’une “parasociologie”, qui reste à encore à définir, serait nécessaire pour développer des explications plus appropriées d’un phénomène comme les OVNI.

Ici, bien entendu, il faut prendre un grand respire, car l’idée même d’épistémologie hybride va complètement à l’encontre de la pensée occidentale, car cela conduit directement au paradoxe. Comment peut-on réconciller des prémisses de base qui s’opposeraient dans un tel construit? Comment la preuve peut-elle être faite dans un contexte où on fait face à des notions de preuve divergeantes? Comment établir un tel discours qui pourrait demeurer au sein des discours considérés comme fondés sur la raison, ou posé autrement, est-ce qu’une épistémologie hybride n’est pas un autre nom pour le mysticisme? Voilà quelques enjeux de taille, mais qui me semblent pointer dans une direction intéressante, et qui pourraient mettre à contribution la sociologie dans l’étude des phénomènes paranormaux, en eux-mêmes, et pas seulement la croyance en ces derniers comme c’est la cas actuellement.

dimanche 28 janvier 2007

Les yeux grands fermés

Par Stéphan

Ce billet est une introduction à la nébuleuse parapolitique 9/11...

C'est un sujet qui m'intéresse depuis à peine une année et demi. Était-ce en juin ou juillet 2005, je m'étais procuré l'ouvrage The 9/11 Commission Report: Omissions And Distortions de David Ray Griffin, n'y voyant rien de plus qu'une lecture d'été parmi d'autres. Erreur monumentale... Ce livre devait non seulement bouleverser ma perspective sur les événements du 11 septembre, il posa les premiers jalons d'un travail de recherche qui occupe depuis ce temps une part appréciable de mes activités de lecture.

Un nombre croissant d'ouvrages, de recherches, d'analyses et de documentaires sont consacrés au sujet. Le corpus constitué est bien sûr d'inégale valeur et là comme ailleurs il faut savoir faire le tri. Pour ma part, je recommande les quelques oeuvres suivantes (que j'ai lues - je ne peux me prononcer sur celles qui me restent à lire) dont certaines sont traduites en français :

De David Griffin :

The New Pearl Harbor: Disturbing Questions about the Bush Administration and 9/11 (disponible en français : Le Nouveau Pearl Harbor).
Omissions et manipulations de la Commission d'enquête sur le 11 Septembre (traduction de l'ouvrage susmentionné au premier paragraphe).
9/11 and American Empire: Intellectuals Speak Out (édité par Griffin et Peter Dale Scott).

Michael Ruppert, Crossing the Rubicon: The Decline of the American Empire at the End of the Age of Oil (un travail de fin limier. Traduction en deux tomes : Franchir le Rubicon. Le déclin de l'empire américain à la fin de l'âge du pétrole. La sortie du 2e tome se fait toujours attendre - la version originale est une brique de 675 pages).

Paul Thompson, The Terror Timeline: Year by Year, Day by Day, Minute by Minute: A Comprehensive Chronicle of the Road to 9/11--and America's Response rant 9/11 (l'ouvrage de référence sur la chronologie des événements entourant 9/11).

Pour une introduction encore plus concise, j'ajoute les sites web suivants :

http://www.cooperativeresearch.org/project.jsp?project=911_project
(la chronologie des événements reconstituée par Paul Thompson. Sources et références exhaustives. Une mine d'or...).
http://911research.wtc7.net/
(un des trois sites pilotés par Jim Hoffman et son équipe. Les analyses y sont rigoureuses, bien documentées et régulièrement mises à jour).
http://www.911truth.org/links.php
(une liste annotée de sites web suggérés par 911Truth, fer de lance web du mouvement du même nom).

Et un documentaire qui compte : 9/11: Press for Truth (visionnement intégral disponible sur Google Video)

Ces ouvrages et ces sources se veulent autant de voie d'entrée du sujet et ils en étudient autant de facettes. Vous cherchez une enquête policière réalisée par un ancien agent de police ? La brique de Ruppert est un must. Vous désirez une analyse critique du rapport de la commission Kean par un philosophe ou un théologien ? L'ouvrage qu'y consacre Griffin est incontournable. Vous cherchez un examen du terrorisme d'État et des opérations clandestines du point de vue d'un historien ? Synthetic Terror : Made in USA - nouvellement traduit : La Terreur Fabriquée, Made in USA : 11 Septembre, le mythe du XXIe siècle - de Webster G. Tarpley est pour vous. Vous vous intéressez plutôt à la géopolitique et à l'histoire des liens entre les services de renseignement occidentaux et Al Qaeda ? La lecture de The War on Truth: Disinformation and the Anatomy of Terrorism et de The War on Freedom: How and Why America was Attacked du politologue Nafeez Mosaddeq Ahmed s'impose. Vous préférez aborder le sujet dans le cadre des enjeux de la mondialisation ? Jetez un coup d'oeil à America's "War on Terrorism" de l'économiste Michel Chossudovsky. Vous n'avez jamais entendu parler de ces livres ? Vous vous interrogez sur l'étrange silence médiatique à leur égard et l'absence généralisée de journalisme d'enquête au sujet de 9/11 ? Mettez la main sur Towers of Deception: The Media Cover-Up of 9/11 du journaliste Barrie Zwicker.

[Vous êtes amateur de livre de fiction ? The 9/11 Commission Report: Final Report of the National Commission on Terrorist Attacks Upon the United States vous promet des heures de plaisir... Les 568 pages de lecture vous rebutent ? Le rapport de la commission est maintenant disponible... en version bande-dessinée : The 9/11 Report: A Graphic Adaptation].

Les voies d'entrée sont multiples donc, et le sujet immense. J'ai buté et bute toujours sur la façon la plus économe de le présenter et d'en proposer l'analyse.

J'avais d'abord pensé faire une énumération succincte et schématique des anomalies et des faits incriminants de l'affaire. Plusieurs listes de ce genre sont disponibles sur le Web. Parmi elles, il y a l'énumération en 115 points par David Griffin des omissions, contradictions et mensonges de la commission Kean (traduction française ici), les 100 questions du Family Steering Commitee adressées à la commission Kean, les 40 raisons avancées par les collaborateurs du site 911Truth.org pour douter de la véracité de la version officielle, et l'hilarant (quoique ce n'est pas parce que l'on rie que c'est drôle) Coincidence Theorist's Guide to 9/11 de Jeff Wells. Je pourrais aussi y ajouter les libellés de diverses pétitions en ligne exigeant une réouverture de l'enquête.

Ces listes requièrent cependant une connaissance préalable du dossier (présupposée et imposée par le schématisme des points énumérés). Et encore me fallait-il trouver le bon angle d'approche et un bon fil conducteur. J'ai donc pensé rédiger un texte expliquant et justifiant mon avis sur 9/11. Mais, celui-ci étant justement le fruit de mes lectures et de mes réflexions sur le sujet, la manœuvre se faisait circulaire et m'obligeait à déballer et déployer un à un les arguments le soutenant.

Dilemme.

Pour dénouer cette impasse, j'ai choisi d'aborder le sujet sur son front parapolitique, en y affrontant ce que je pense être la difficulté principale et paradigmatique : l'impossibilité de mettre publiquement en question le récit officiel des événements.

C'est que la vérité de ce récit, quoiqu'elle vaille, n'est pas sujette à débat. L'interrogation, la contradiction et la dissension affichées n'y sont pas permises et sont objet de sanctions. Qui se risque à ouvrir ou à suggérer l'ouverture de l'interrogation est soit ignoré soit (dis)qualifié de conspiracy theorist, l'étiquette assassine et le stigmate par excellence.

L'accusation de complotisme est d'ailleurs indicatrice de ce discours barré et aveugle à la contradiction puisque la version officielle... est elle-même une théorie du complot ! Parce que 19 agents d'Al Qaeda qui se préparaient activement, clandestinement et depuis deux ans à frapper, sous la direction d'un vieillard multimilliardaire terré sous une montagne, c'est cela même : une théorie du complot. Asymétrie que de ne pas le reconnaître et de réserver cette étiquette aux seuls discours des sceptiques, des incroyants et de ceux qui soutiennent qu'il y a eu complicité maison. Et pour cause : reconnaître cette contradiction déroberait la version officielle des événements de son statut privilégié (ou, ce qui revient au même, soulagerait les versions alternatives de leur statut stigmatisé).

Cette difficulté de parrhesia, ce refus d'élucidation, cette dénégation conceptuelle tracent eux-mêmes les contours d'un problème fort désagréable à penser. D'aucun mettent en cause une quelconque barrière psychologique empêchant toute mise en question de la thèse officielle des attentats. Je pense que ça fonctionne bien comme ça - je ne peux que trop l'observer autour de moi - mais, nonobstant les exigences de la psyché, les explications psychologiques de cette inhibition généralisée ne me satisfont pas. Elles sont réversibles et s'appuient toujours sur ou des schèmes de pensée ou des représentations socialement maintenues et partagées. Si le refoulement est collectif, cherchons d'abord ce qui y circule et ce qui y fait obstacle à l'interrogation.

A suivre...

dimanche 21 janvier 2007

Thèse paranormale en ufologie

Texte par Eric

Suite à quelques lectures supplémentaires, il y a un certain nombre de points qui sont devenus plus clairs.

Je savais que la thèse paranormale (TPN) était mal aimée dans les milieux ufologiques, lesquels constituent déjà un champ de savoir marginal. Mais je découvre que la TPN est elle aussi sous-divisée en courants qui ne se parlent guère entre eux. Les travaux de Jacques Vallée, en particulier son livre Passport to Magonia (1969), et ceux de John Keel, en particulier Operation Trojan Horse (1970), ouvrent la voie à l’étude des OVNI sous un angle paranormal. Pourtant, dans le monde anglophone, on aura surtout retenu l’idée d’ultraterrestres de Keel (Vallée est plus nuancé sur l’origine des occupants des OVNI), qui seraient des entités qui partagent la Terre sous une forme dimensionnelle distincte de la nôtre mais qui interagissent avec nous à l’occasion.

Le courant qui veut étudier les OVNI comme des manifestations psi macroscopiques (et donc plus près de l’analyse parapsychologique), me semble surtout d’origine française. C’est la traduction en français de livre de Vallée sous le titre « Chroniques des apparitions extra-terrestres » qui encore une fois ouvre la voie, mais elle est surtout récupérée par les parapsychologues du GERP, (Groupe d’étude et de recherche en parapsychologie) qui y voit un phénomène réel et physique, mais essentiellement d’origine humaine (c.-à-d. émanant de la psyché humaine). Il y a un certain nombre de travaux intéressants qui sont produits dans les années 1970 et 1980. Mais l’intérêt semble s’être relâché durant les années 1990.

Quelques textes dignes de mention :
  • Viéroudy, Pierre (1978) « Vagues d'Ovnis et psi collectif ». Revue de Parapsychologie N°6, juillet.
  • Viéroudy, Pierre (1978) « Les témoins d'Ovnis sont-ils des sujets psi ? » Revue de Parapsychologie N°6, juillet.
  • Favre, François (1978) “Caractère généraux des apparitions” Revue de Parapsychologie N°6, juillet.
  • Viéroudy, Pierre (1983) « Signification archétypique des apparitions OVNI ». Revue de Parapsychologie n° 15, août.
  • Velasco, Jean-Jacques (1991) « Ces OVNI qui nous entourent ». Revue française de psychotronique Vol. 4, No. 4.
Cependant, il existe un intérêt nouveau pour l’approche parapsychologique dans l’étude du phénomène OVNI dans le monde anglophone. Il y a bien entendu le livre de Hansen, déjà mentionné, mais aussi quelques travaux australiens intéressants. Par exemple :
  • Basterfield, Keith et M.A. Thalbourne (2001) “Belief in, and Alleged Experience of, the Paranormal in Ostensible UFO Abductees” Australian Journal of Parapsychology 2(1): 2-18.
  • Harvey-Wilson, Simon (2001) “Shamanism and Alien Abductions: A Comparative Study”. Australian Journal of Parapsychology 1(2): 103-116.
  • Basterfield, Keith (2001) “Paranormal Aspects of the UFO Phenomenon: 1975-1999”. Australian Journal of Parapsychology 1(1): 30-55.
Ces travaux australiens reprennent sans le savoir les recherches entreprisent par l’Autrichien Alexandre Keul et le Britannique Ken Phillips qui, durant les années 1980, se sont penchés sur la personnalité des individus qui ont des expériences OVNI. Leurs recherches (connues sous le nom de Protocole anamnesis) tendent à démontrer que la seule caractéristique que ces individus partagent est qu’ils ont tendances à avoir plus d’expérience psi que la moyenne. Voir Phillips, Ken (1993) “The psycho-sociology of ufology”, dans D. Barclay et T. M. Barclay (dirs.) UFO: The Final Answer? Londres: Blandford, pp. 40-64. Des travaux similaires par des chercheurs de l'Université Carleton d'Ottawa arrivent à la même conclusion. Voir Spanos, N.P. et al. (1993) "Close encounters: an examination of UFO experiences". Journal of Abnormal Psychology 102(4):624-32.

Bien que l’intérêt pour le phénomène OVNI dans une perspective parapsychologique demeure minoritaire dans un champ déjà minoritaire au sein de l’ufologie (la TPN), il y a déjà des travaux en place qui nous évitent de partir de zéro. Il est aussi à noter qu’autant Vallée, que les parapsychologues français, que Keul et Phillips, et Hansen appellent la sociologie à s’investir dans ces recherches. Leur appel a été entendu.

dimanche 14 janvier 2007

Théories du complot et parapolitique

Par Stéphan

Le faux est le faire-valoir du vrai
Bruno Latour -
Nous n'avons jamais été modernes. Essai d'anthropologie symétrique

Il en va des théories du complot comme de toute chose honteuse en ce bas monde : elles font vendre auprès du public mais elles ont bien mauvaise réputation auprès des cercles journalistiques et universitaires. Négligées ou méprisées par les travaux des sciences sociales universitaires, ces théories sont en quelque sorte le no man's land des sciences politiques : il s'agit précisément de théories auxquelles la politologie conventionnelle ne se frotte pas.

Si d’aventure, sociologues, historiens, psychologues, philosophes, épistémologues et autres vidangeurs des sciences sociales s'intéressent au sujet, c'est généralement dans le but de savoir pourquoi il se trouve des gens qui croient (je souligne) à de telles théories. Ils répondent ensuite à grands renforts d'explications sociologiques, historiques, culturelles, psychologiques et tutti quanti : l'aliénation et l'individualisme moderne, le nihilisme postmoderne, le vide et le ressentiment contemporain, le racisme et la haine de l'Autre, la mauvaise influence des médias, l'ignorance scientifique, le besoin de croire que, dans un monde hors de contrôle, quelqu'un quelque part est vraiment en contrôle, l'irrationalité, la folie, etc., sont autant de ces explications proposées.

En d'autres mots, ils n'abordent pas ces théories selon leurs mérites propres mais en tant que symptômes ou d'un malaise social ou des problèmes mentaux de ceux qui en font la promotion.

Cette littérature savante et sanitaire n'est pas toujours sans intérêt mais elle est justement beaucoup plus intéressée qu'elle ne l'admet : elle part de la double prémisse (donc sans en faire la démonstration préalable) que les versions "officielles" des événements sont toujours nécessairement justes et que les théories du complots qui les mettent en cause toujours nécessairement fausses ; elle s'intéresse aux croyances des conspiracy theorists mais non aux croyances des "coincidence believers" ; elle met en cause la vision du monde et les ressorts psychologiques de la pensée des premiers mais elle ne soumet pas la vision et les motivations psychologiques des seconds, ni les siennes propres, à la même analyse.

Cette littérature est profondément asymétrique : elle ne place pas les théoriciens du complot et leurs adversaires sur un même pied d'égalité initial, elle n'analyse pas les croyances des uns et des autres (et celles auxquelles elle adhère implicitement) dans les mêmes termes, et elle se fixe justement sur les seules croyances au détriment de l'investigation de l'objet même des dites croyances. Elle logothéorise sur les représentations du monde et les processus mentaux des conspiracy theorists, mais rarement se salira-t-elle les mains à enquêter sur le terrain ou se risquera-t-elle à examiner le bien fondé des pièces à convictions mises de l'avant par ces derniers. Du reste, pourquoi le ferait-elle alors que la cause est entendue et jugée d'avance ?

Objectivement parlant, cette asymétrie est une forme de contrôle du discours et ses auteurs jouent le rôle de "chien de garde" des pouvoirs institués. Tel est l'effet de cette parole gelée et (dé)moralisante qui disqualifie derechef toute prétention du discours interpellé à dire le monde et qui le confirme publiquement dans sa déviance (morale, psychologique, culturelle, voire par rapport au droit chemin de la Raison, whatever that means)

***

Comment mettre fin à l'asymétrie ? Comment rétablir justice et probité intellectuelle ?

Je propose en premier lieu l'usage de la notion, non nouvelle mais peu utilisée en français et que marginalement en anglais, de parapolitique.

Le terme de parapolitics fut originalement devisé par Peter Dale Scott, diplomate canadien de carrière, professeur retraité de Berkeley et auteur de plusieurs livres sur la criminalisation de la politique. Dans un ouvrage datant de 1972, The War Conspiracy, Scott en proposa la définition suivante :

"1. A system or practice of politics in which accountability is consciously diminished. 2. Generally, covert politics, the conduct of public affairs not by rational debate and responsible decision-making but by indirection, collusion, and deceit (...) 3. The political exploitation of irresponsible agencies or parastructures, such as intelligence agencies (...) The Nixon doctrine, viewed in retrospect, represented the application of parapolitics on a hitherto unprecedented scale."

La parapolitique désigne donc à la fois : une pratique politique en déficit d'imputabilité ; des activités politiques clandestines, cachées du public, menées sous les signes du subterfuge, de la diversion, du mensonge, de la collusion et de l'utilisation politique d'organisations n'opérant pas sous le regard scrutateur des élus. Les agences de renseignement - Scott avait d'abord en tête la CIA - se veulent le prototype de pareilles organisations mais, en cette ère de sous-traitance militaire et de services de renseignement, il en va de même des corporations et des contracteurs privés dont il s'agit du fond de commerce.

Scott jugea ultérieurement, dans son ouvrage Deep Politics and the death of JFK, la notion de parapolitics trop limitée par ses connotations conscientes et intentionnelles, dirons-nous "complotistes". Il en fit dès lors une modalité particulière d'un nouveau concept, celui de deep politics, désignant cette fois les pratiques et les arrangements politiques, délibérés ou non, qui sont généralement inavoués et refoulés du discours et de la conscience publique.

C'est que dans toute culture et toute société, il existe, dit-il en un retour de symétrie vis-à-vis les vidangeurs des croyances déviantes, des faits qui sont collectivement refoulés en raison des coûts sociaux et psychologiques qu'entraînerait leur reconnaissance.

Cette refonte conceptuelle distingue aussi les deep politics des "théories du complot" telles qu'elles sont communément comprises. A la prise en compte des aspects non intentionnels, imprévus et proprement inconscients de ces activités clandestines, Scott ajoute que les acteurs n'opèrent pas au sein d'une même structure occulte unifiée. Sont à l'oeuvre des individus et des groupes s'assemblant provisoirement et coopérant selon leurs intérêts (le maintien du statu quo servant souvent de terrain d'entente). Au final, l'analyse des deep politics pose un champ de pouvoir ouvert et fragmenté.

Rapidement, les assassinats politiques des années 60 aux USA, les scandales de Watergate, d'Irangate et l'affaire Iran/Contra, les liens entre la CIA, les trafiquants d'armes et les narco-trafiquants sud-américains sont autant d'exemples de ces deep politics en action. Je pense fermement que c'est aussi le cas des attentats, toujours non élucidés, du 11 septembre... un sujet d'enquête auquel je reviendrai régulièrement.

C'est la voie de recherche que je propose. Parce que je ne lui connais pas de traduction heureuse en français ("politiques profondes" ?), je la désignerai plutôt du terme générique de parapolitique en en précisant au besoin les modalités intentionnelles ou non.

samedi 13 janvier 2007

Ufologie, sociologie et dynatique

par Eric

Un livre intéressant sur la question du dynatique est ce lui de George Hansen, The Trickster and the Paranormal. Bien qu’il n’utilise pas le vocable “dynatique”, ses idées sur le paranormal couvrent le même concept de déstructuration, qui constituent une condition nécessaire d’émergence du psi. Quoique ce livre s’adresse à un lectorat instruit, je le recommande à tous ceux qui s’intéressent au paranormal.

Hansen, dans son livre, cite un des rares exemples de recherche sociologique sur les OVNIs qui tente de regarder le phénomène en lui-même, et non pas seulement la croyance en ce dernier. Martin Kottmeyer dans un article intitulé “UFO Flaps” dans The Anomalist 1995-1996 (no. 3, pp. 64-89) étudie les conditions politiques et sociales durant les vagues d’OVNI, et conclut que la perte de la “fierté nationale” semble être associée à ces vagues. Par exemple, aux États-Unis celle de 1957 semble liée au lancement de Sputnik, celle de 1966 à la montée des manifestations contre la guerre au Viet-Nam, et celle de 1973 au scandal du Watergate. En dehors des États-Unis, on peut penser aussi à la vague de 1954 en France dans le cadre de la défaite en Indochine.

C’est un excellent point de départ, et c’est le genre de recherche que je pense entreprendre depuis un certain temps. Bien sûr, il y a un bon nombre de difficultés à surmonter. Par exemple, qu’est-ce que constitue une vague d’OVNIs? L’approche implique aussi le concept d’inconscient collectif, et de psi collectif, qui posent des problèmes de définitions et des difficultés méthodologiques pour identifier leur contenu. Mais une approche heuristique, empirique et progressive pourra probablement permettre de développer une telle analyse avec le temps.

Un autre point de départ pourrait être non pas la perte de fierté nationale, mais la nature déstructurante des angoisses collectives devant l'inconnu. Dans la mesure où le psi est fait d'information non-structurés, ces périodes de transitions où les paramètres collectifs sont remis en cause créer de conditions déstructurantes propices à l'observation du psi. Ces angoisses collectives semblent souvent liées à la sécurité collective, au sens large, et il est intéressant de voir que par un effet mirroir le phénomène OVNI est souvent étudié dans le cadre d’atteinte à la sécurité nationale via la violation de l’espace aérien (que ce soit par les autorités ou les ufologues de l’approche "tôle et boulons" et de ceux qui versent dans la théorie du complot). Le psi, en tant que phénomènes humains peut aussi être réflexif. Quelques exemples supplémentaires qui pointent dans cette direction: la vague de 1947 aux É.-U. et la formalisation de la doctrine Truman, et donc le début de la Guerre froide; celle de 1952 au-dessus de Washington et le risque d’une guerre nucléaire contre le bloc communiste dans le cadre de la guerre en Corée; celle de 1966-1967 au Canada et le début angoissant d’une nation prennant conscience d’elle-même (adoption du drapeau, Fêtes du centennaire, Expo 1967, etc); celle de 1990-1991 en Belgique et la fin de la Guerre froide et le début du “nouvel ordre” mondial dans la foulée de la victoire triomphale suite à la Guerre du Golfe; la vague de 2003 dans le nord du Chili et la première participation de Morales aux élections présidentielles de Bolivie en 2002, qui réintroduit la vieille dispute entre la Bolivie et le Chili sur l’accès à l’océan.

Pour ce genre de recherches, il faut surtout éviter les pièges épistémologiques du positivisme logique, et du falsificationisme. Il faudra accepter que toutes les angoisses collectives ne mènent pas nécessairement à des vagues d’OVNIs, ni même à des manifestations paranormales. De plus, si la parapsychologie est juste dans sa prémisse que le psi fonctionne en dehors de notre conception usuelle du temps (c.-à-d. le futur peut influencer le présent, et que le passé peut être influencé par le présent), l’accordement temporel entre les évènements ufologiques et la montée des angoisses collectives n’est pas nécessairement synchronisé.

dimanche 7 janvier 2007

Qu’est-ce que le dynatique?

Texte par Eric

Qu’est-ce que le dynatique?

Le dynatique est un concept abstrait pour décrire des phénomènes qui impliquent l’actualisation d’un potentiel par déstructuration.

Ouf! Qu’est-ce que cela veut dire? Et en quoi cela rime avec parapsychologie, ufologie et parapolitique?

Allons-y progressivement.

C’est un nouveau mot, un néologisme dont je prends tout la responsabilité d’avoir créer. Dynatique vient des mots grecs “duna” et “tikos”, qui veulent dire respectivement “puissance, pouvoir potentiel, force latente” et “propre à”. Ainsi, le dynatique est ce qui touche à la nature intime de la puissance. Mais il est important de souligner ici ce que l’on entend par puissance. Le Petit Robert définit la puissance comme “virtualité, possibilité”, et plus particulièrement ce mot est utilisé ici dans le sens de “en puissance” qui est définit comme “qui existe sans se manifester, qui est sans effet actuel”.

Le dynatique implique aussi le propre de la puissance, sa nature intime. La puissance n’est perceptible seulement que lorsqu’elle s’actualise, lorsque la force cesse d’être latente. Ainsi, dans un système physique classique, par exemple, la puissance s’actualise quand de l’énergie est transformée en mouvement. Ainsi la puissance d’un moteur est toujours une abstraction, mais s’actualise lorsque le moteur transforme l’énergie contenue dans l’essence en mouvement des roues de l’automobile. La puissance est donc un phénomène tacite, mais qui plus est, ne peut s’actualiser que dans un contexte de déstructuration. L’essence se déstructure en gaz et pousse sur les pistons. Le même phénomène se produit lors de la fission nucléaire. L’atome d’uranium se déstructure et ainsi libère un potentiel énergétique.

Les phénomènes d’ordre dynatiques existent aussi dans l’univers humain, tant au niveau individuel que collectif, souvent libérant des forces incontrôlables. Les phénomènes psi étudiés par la parapsychologie ont tendance à être dynatique. Selon plusieurs parapsychologues, dont Rhine, le potentiel psi réside dans l’inconscient, c.-à-d. dans le monde de l’irrationnel, de l’imaginaire, du symbolique. C’est lorsque la conscience est dans un état déstructurant, ou moins structuré, que le psi de l’inconscient se libère et s’observe le plus souvent. Par exemple, les artistes tendent à avoir des résultats plus élévés que la moyenne dans les tests parapsychologiques de laboratoire. Les états de conscience altéré, que ce soit par méditation, drogues, rituels, ou danses qui consuisent à des états de trance, tendent à rendre les individus plus sensibles à l’expérience du paranormal. C’est ainsi que le chamanisme est expliqué. Les cas de poltergeist sont souvent associés à des crises familiales impliquant des jeunes à l’âge de la puberté. Les normes et les valeurs de la famille se déstructure, et la personnalité de l’adolescent se déstructure car en transition vers celle de l’âge adulte.

Au niveau social, les phénomènes d’ordre dynatique sont moins bien connus, et certainement méritent des recherches plus approfondies. Un exemple dynatique plus prosaïque est celui de la Nouvelle-Orléans suite à l’ouragan Katerina. L’ordre social s’est déstructuré, relâchant un grand potentiel humain, qui alla de la bravoure extrême à la barbarie la plus infâme. Les guerres en général répondent à ce même effet dynatique de bravoure et de barbarie.

Dans un domaine encore bien mal compris on peut aussi observer des situations dynatiques impliquant le psi collectif. L’inconscient collectif (tel que Jung le théorise) semble aussi être un réservoir psi qui s’active par déstructuration sociale. Les apparitions de la Vierge en Yougoslavie à l’aube de la destructuration du pays et de son ordre social, ou encore les vagues d’ovnis à la fin de la guerre froide en Belgique, centre nerveux de l’OTAN, constituent des exemples qui pourraient être d’ordre dynatique.

L’intérêt pour les grandes conspirations, et les mouvances sociales inspirées par le parapolitique, sont des forces déstructurantes pour l’ordre social. La vérité, le plausible, le secret, le complot, le mensonge, la désinformation s’y mêlent au point où il n’est plus possible d’avoir confiance aux institutions sociales. Le potentiel humain de ces mouvements déstructurants demeure un terrain d’enquête sociologique à explorer.

En dernier lieu, soulignons que les effets dynatiques se produisent dans des périodes de transition, ou entre deux contextes structurant. En un sens, le dynatique n’est pas nécessairement synonyme de chaos, mais plutôt de réagencement des structures, de renouveau et de renaissance. Dans l’univers humain, ce réagencement ne semble pas déterministe dans la mesure où le potentiel réside dans l’univers de l’inconscient et de l’irrationnel.